Entrevue avec Marie-José Turcotte : Le secret pour durer

Pour cette nouvelle entrevue avec l’un de nos conférenciers, Guy Bourgeois, conférencier, formateur, motivateur et Président de Formax, reçoit notre toute nouvelle conférencière : Marie-José Turcotte, animatrice et journaliste.

Même si tout le monde la connaît, je vais me permettre de relever quelques faits saillants. Après avoir passé plus de 40 ans à Radio-Canada, Marie-José a pris sa retraite au printemps 2022. Récipiendaire de 15 Gémeaux, elle a couvert 17 Jeux olympiques, une dizaine de Jeux paralympiques et a animé plusieurs émissions sportives.

ENTREVUE

Ce que j’aimerais surtout relever, Marie-José, c’est que tu es probablement la première femme qui a évolué dans ce monde, l’univers du journalisme sportif. Premièrement, félicitations pour ta carrière ! Dis-moi, quels sont les défis que tu as eu à relever pour y arriver et durer dans cet univers ?

Aucun ; ça a été une belle ligne droite ! (Rires)

Bien évidemment, il y a eu beaucoup de défis. J’ai en effet été l’une des premières dans ce monde. Quand je suis arrivée aux sports à Radio-Canada Montréal, j’étais là que pour 9 semaines pour un remplacement d’été. Mais de fil en aiguille, je suis restée.

C’est certain que je dérangeais. J’étais l’une des premières ; une femme dans un monde d’hommes. Je sortais du lot.

Au départ, disons que beaucoup pensait, surtout des hommes, qu’une femme dans le monde du sport serait par définition incompétente. Plusieurs n’étaient pas contents de me voir là.

Je pense que j’ai choisi de mettre des œillères et de ne pas « écouter » ce qui se disait. J’aimais ce que je faisais, javais du plaisir et c’est tout ce qui comptait. J’ai décidé de foncer.

Je peux te raconter rapidement quelques anecdotes des débuts…

Lorsque j’ai commencé, évidemment je couvrais le Canadien comme tout le monde quand on travaille aux sports. C’était encore au Forum et à l’époque, les gars étaient nus dans le vestiaire. Heureusement que je faisais de la télé. Je demandais au caméraman avec qui je travaillais, Jean-Marie Blanchette, de rentrer dans le vestiaire et de revenir me chercher lorsque les joueurs étaient « décents ». (Rires)

Mais, ça a changé avec le temps. Les habitudes ont changé. Tout le monde attendait que les gars soient habillés pour entrer dans le vestiaire.

L’arrivée des femmes a aussi fait ça. Ça a changé certaines choses, certaines habitudes.

Ça, c’est un des défis auxquels j’ai fait face.

Bien sûr, ce sont des défis comme tous font face un jour. J’étais dans un monde d’hommes, oui, mais tranquillement j’ai fait ma place. Et puis, ce sont des défis de constance, de passion, de volonté d’aller plus loin… Il fallait faire des choix. Et faire des choix, ça implique de devoir renoncer à certaines choses.

C’est un peu typique de la carrière de tout le monde, mais c’est certain que j’ai évolué dans un monde d’hommes.

Y a-t-il des moments ou tu as eu envie d’abandonner ? Tu nous as raconté une anecdote un peu cocasse, mais y a-t-il eu des moments ou tu t’es remise en question ?

Je n’ai jamais eu envie d’abandonner, mais j’ai eu envie de changer.

Lorsque j’ai commencé, je ne rêvais pas d’aller aux sports. J’y suis arrivé par le hasard de la vie, par le hasard des routes qui m’ont emmené là. Moi, je voulais travailler à l’information.

Peut-être 10-12 ans après être arrivée aux sports à Radio-Canada à Montréal, j’ai manifesté le désir de passer à l’information. J’avais fait de la relève durant le temps des fêtes et animé quelques émissions. Mais, celui qui était le grand patron de RDI à l’époque, avait dit : « Il n’y a jamais une personne des sports qui va passer à l’information ! »

Alors, j’étais déjà identifiée beaucoup à ce moment comme « la fille des sports » ou « la madame des Jeux olympiques ». C’était donc très difficile de changer parce que j’avais vraiment été identifiée.

À partir de ce moment-là, je me suis dis que j’avais un choix à faire. Si tu décides que c’est ce que tu veux faire, de l’information, alors démissionne et essaie de te trouver du travail ailleurs ou encore, réalise que c’est ce que tu fais aussi, de l’information, aux sports ! J’ai donc fait le choix de rester aux sports parce que j’aimais beaucoup les défis. On travaillait toujours en direct et il y avait toujours de gros événements à couvrir comme les Jeux olympiques, Championnats du monde, etc.

Je pense que j’ai pris la bonne décision ! (Rires)

Parfois, la vie nous amène sur des chemins qu’on n’a pas toujours prévus et lorsqu’on prend du recul, on se dit que la vie fait les choses pour le mieux !
De quoi es-tu la plus fière, maintenant que tu es retraitée, lorsque tu regardes derrière toi, tout ton parcours ?

Je suis fière d’avoir duré ! Fière d’avoir été 40 ans à Radio-Canada, dont 37 aux sports.

Ça n’a pas été évident. J’étais une des premières ; la première à Radio-Canada. Je pense que j’ai consciemment voulu être inconsciente ! (Rires) C’est-à-dire que je ne voulais pas me mettre ce fardeau sur les épaules de me dire que si je me gourais ou commettais des erreurs graves, étant la première, ce serait terminé pour toutes les autres après moi.

J’ai tout de suite voulu oublier ça, ce qui a fait en sorte que j’ai focalisé sur ce que j’avais à faire. J’ai eu du plaisir et j’ai fait du mieux que je pouvais, mais il n’y avait zéro garantie que je puisse durer dans ce milieu. C’est un milieu de « casting », c’est-à-dire un milieu dans lequel on choisit les gens qu’on veut. Et donc, d’avoir duré, c’est le plus beau des cadeaux, puisque c’est un milieu qui est très compétitif.

Et j’ai toujours senti, à chaque jour que j’ai fait ce travail-là, que j’étais privilégiée et que je pouvais évoluer dans ce milieu-là.

Le gars positif en moi ajouterait qu’œuvrer dans les sports, c’est aussi œuvrer dans un monde de positivisme. Il peut y avoir des conflits évidemment, mais on parle de victoires, de médailles, etc. Alors qu’œuvrer dans l’information, on voit aussi beaucoup de négatif.

Il y a beaucoup de négatif dans le sport aussi. Il y a du dopage, de la tricherie, etc. Mais c’est certain qu’on ne couvre pas le négatif autant qu’à l’information !

Lorsqu’on couvre un événement, on cible davantage les victoires, malgré qu’on parle aussi des déceptions, défaites, blessures, etc.

Mais tu as raison. C’est un milieu qui est hyper positif ! C’est un milieu où les gens veulent gagner et avancer.

Probablement que ton travail et le fait que tu aies duré dans le temps a ouvert la porte à d’autres femmes ! Si tu avais un conseil à donner à une jeune femme qui aimerait se diriger dans ce même monde, que lui dirais-tu ?

Je lui dirais « Bonne chance ! » (Rires)

Je lui dirais d’abord que c’est beau de vouloir travailler dans les sports. C’est un milieu extraordinaire. Mais, il n’y a pas beaucoup d’ouvertures, donc il faut être très polyvalente. Il faut aller à l’école. Il faut avoir la plus grande culture possible et pas uniquement une culture sportive, une culture générale. Parce qu’aujourd’hui, même si on travaille aux sports, de plus en plus, on fait de la radio, on fait de la télé, mais on fait aussi des textes sur Internet. Il faut savoir écrire, il faut savoir s’exprimer. Il faut avoir des connaissances sur tout.

Je te disais, le sport c’est aussi de l’information. C’est aussi du dopage, c’est aussi, malheureusement, des abus sexuels… Si on n’est pas armée, si on n’a pas suffisamment de connaissances, ça va être très difficile de percer et de rester dans ce milieu.

Il faut s’intéresser aux sports bien évidemment, mais il faut aussi s’intéresser à tout ce qu’il y a autour, parce que le sport, c’est juste un phénomène de société ! Ça se déroule avec tout le reste. Économie, politique, etc. Tout ça est mêlé avec le sport.

Espérons qu’il y aura au moins une jeune fille qui aura entendu ce message et qui décidera de foncer !
Merci Marie-José du temps que tu nous as accordé !

Bon succès !

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