SUR LA ROUTE : Entrevue avec Bryan Perro (Vers un retour à la normal)

Pour cette nouvelle entrevue « Sur la route », Guy Bourgeois, conférencier, formateur, motivateur et Président de Formax reçoit Bryan Perro, conférencier chez Formax, auteur et metteur en scène pour discuter de son attitude face au retour à la vie normale.

ENTREVUE

Nous sommes en juillet 2021, on vient tous de passer un 15-16 mois que personne n’aurait pu prévoir. Tu es dans le domaine de la littérature, mais aussi du spectacle. L’année dernière a été difficile pour l’industrie et cette année, ça reprend lentement. J’aimerais que tu me parles de l’attitude que tu as prise pour te relever. Comment vois-tu la suite pour repartir la machine ?

Souvent, on dit qu’on a des échecs. Pour moi, tout s’est effondré. Tout ce qui est spectacle. La littérature a maintenu le coup et les ventes ont même remonté, mais côté spectacle, tout s’est arrêté. Moi, je suis en communication avec la Chine pour y vendre des shows. J’ai tout perdu : l’amorce de contrats, les contacts que j’avais faits (je suis allé 3 fois en Chine). Je voulais me reprendre ici au Québec, mais la pandémie en a décidé autrement. Tout est tombé.

Alors, comment on se remet de ça ? Moi, j’ai été contrarié durant toute l’année 2020. La difficulté a été de combattre cette contrariété-là malgré l’incertitude et les constants changements aux règles. On tombe en zone jaune, on tombe en zone orange, on tombe en zone rouge… Les shows qu’on avait planifiés; on les recommençait, on arrêtait, on annulait, on changeait les dates…

Et là, comment ça repart ? Ça repart avec la sagesse de savoir ce que c’est. On a une nouvelle conscience de la chance qu’on a d’avoir des spectacles et qu’on pensait que cette vie-là était acquise et qu’on avait cette liberté-là, et aussi qu’on avait ce choix-là dans la vie de voir des shows quand ça nous tentait. Ça a prouvé que la culture, c’était quelque chose d’essentiel à l’être humain et aussi que c’est une industrie importante. Ça, c’est le côté positif. On s’est rendu compte que la culture rapportait de l’argent. Pas de culture, pas de restaurants, pas de touristes. On ne visite pas Paris pour la qualité de ses installations pétrochimiques, on la visite pour sa culture.

Alors, comment on aborde ça ? Moi, j’aborde ça avec calme (rires). On ne s’excite pas. Tout recommence lentement. On recommence à vendre des billets pour les spectacles pour l’automne. On reprend lentement en se disant que, d’après nous, en janvier ça devrait être correct. Mais là, alors qu’on était optimiste en mars 2020, lorsqu’on se disait « Ça va durer 3 semaines et ça va reprendre », aujourd’hui on est plus sage et on apprécie chaque chose que l’on fait, alors que tout ça c’était du quotidien.

Vous êtes-vous fait un genre de plan pour la reprise ou bien si vous vous êtes dit, on y va selon le quotidien ?

Ce n’est pas un plan, c’est dix plans. Avec le variant indien, la vaccination, etc. On ne sait pas. On se dit : ok, s’il y a un retour cet été, on sait qu’on a tant de monde; à l’automne, s’ils nous le permettent, on sait qu’on va faire ça; s’ils nous permettent ça, on va faire ça… Si on revient à la normale d’un coup, là bien, ok, on pourrait faire ça. Alors là, on a dix plans. Et là, on essaie de voir où s’en va le bateau.

Mon cousin est pilote sur un paquebot. Il m’a dit « Bryan, sur un paquebot, la décision de prendre à droite ou à gauche, tu dois la prendre un kilomètre d’avance. » Parce que ça ne tourne pas sur un 10 sous.

Nous, on n’a plus ce kilomètre-là pour prévoir d’avance notre programmation, alors on s’est dit : parfait, on embarque sur un plus petit bateau. Il faut se donner les ressources pour pouvoir changer de bord vite et s’adapter rapidement au courant. Donc toutes les équipes, tout le monde s’est adapté au courant.

En conclusion, qu’est-ce que tu penses que vous allez retenir de tout ça après la pandémie ? Qu’est-ce que ça va avoir changé ?

Ce que nous allons retenir, c’est que le monde artistique est un monde fragile, que les artistes sont indispensables, mais qu’ils ont un statut précaire. Il faut absolument revoir ce statut-là pour faire en sorte qu’ils puissent avoir des bonnes conditions de travail, puisqu’ils sont la base de l’industrie de la culture. Sans le chanteur, sans l’écrivain, sans l’artiste, il n’y en a plus d’industrie. Il faut absolument revoir le statut de l’artiste correctement pour pouvoir faire en sorte que leur travail soit pérennisé quoiqu’il arrive.

On va aussi retenir qu’on a une chance immense et qu’on ne s’en rendait pas compte. On a la chance de vivre dans un monde où il est possible de tout faire. Et quand on est privé de ça, l’être humain a des comportements « bin » étranges parfois (rires).

Bryan Perro, je te remercie infiniment pour ces petits mots d’encouragement. Et on vous souhaite un été extraordinaire et que tous vos plans se mettent en action.

Bon succès !

Guy Bourgeois

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