Aller au contenu
Ça nous intéresse… Entrevue avec Denis Bouchard

Dans cette toute première entrevue de 2026, on vous propose de découvrir Denis Bouchard autrement. Qu’est-ce qui lui fait le plus plaisir dans la vie ? Qu’est-ce qui le stresse le plus ? Qu’est-ce qu’il aurait fait s’il n’avait pas été comédien ou metteur en scène ? Et pour finir, quelles sont ses valeurs, ses souvenirs d’enfance et ses petits plaisirs du quotidien ? Avec humour, sincérité et authenticité, Denis se livre sur sa vie, ses passions et ce qui l’inspire encore aujourd’hui. Ça nous intéresse! Et vous?

ENTREVUE

Alors bonjour tout le monde. J’espère que vous avez passé un excellent temps des Fêtes.
Ici Guy Bourgeois pour l’infolettre de Formax.

Comme vous le savez, chaque année, en début d’année, on propose toujours une entrevue vedette. Cette année, on accueille en grande pompe et avec grand plaisir Denis Bouchard.

Denis Bouchard : 50 ans de scène et de créativité

Bonjour Denis.

Denis – Bonjour! Ça va bien?

Guy – Absolument, ça va très bien. Parle-nous donc de ton temps des Fêtes. Comment ça s’est passé?

Denis – Écoute, ça a bien été. On est allés faire un petit tour à Saint-Martin, dans les Antilles. On est allés là 12 jours… il a mouillé 11 jours! (rires)

Guy – C’est ça, les Antilles!

Denis – Mais ça nous suit, c’est rendu un gag. L’année passée, on était en Thaïlande, même affaire. L’année d’avant, en Polynésie, même chose. Nous autres, quand on prend des vacances, on sait qu’il va mouiller. Mais ce n’est pas grave, on s’est bien amusés. Ça nous a reposés. Je suis revenu le 25, puis après ça, les partys des Fêtes avec la famille et tout ça… et là, on repart sur le travail.

Théâtre, musique et collaborations : les projets 2026 de Denis Bouchard

Guy – Bon, justement, parle-moi de 2026. As-tu des projets? Des pièces de théâtre, des conférences?

Denis – Il y a toujours la pièce de théâtre avec Guylaine, Fallait pas dire ça, qui va se poursuivre. On reprend ça en mars, avril, mai, puis on va finir quelque part en juin. Je pense qu’il y aura aussi des supplémentaires à l’automne prochain. Ça, ça va être la grosse affaire.

L’autre projet, je donne un gros coup de main à Garou sur son nouveau spectacle. On l’a fait à Montréal en décembre, puis on est en train de le préparer pour Bobino, à Paris, à la fin janvier. Je vais être là-bas avec lui.

Et parallèlement à ça, je travaille sur un projet extraordinaire avec Louis Valois pour souligner les 50 ans de L’Heptade d’Harmonium. Louis est un des membres d’Harmonium, et on va présenter L’Heptade intégrale, avec l’Orchestre symphonique de Longueuil. On est vraiment excités. Ça va se passer au Théâtre St-Denis, quelque part en mai.

Et mon dernier gros projet, c’est un spectacle de scène avec Daniel Lemire, qu’on va roder à l’automne prochain et présenter en 2027. Après 40 ans de collaboration, on va être les deux sur scène.

Guy – Toi aussi? Oh wow! Tu n’es pas arrêtable!

Denis – Ce sont beaucoup de projets à longue haleine, des projets d’écriture. Moi, je viens du théâtre. Tout ce qui est la scène… c’est aussi ce que j’aime dans les conférences : être devant le public. Je suis comme un poisson dans l’eau là-dedans. C’est ça que j’aime le plus.

Guy – Et puis, on n’arrête pas ça. Ce n’est pas le genre d’affaire où on se dit : « Je vais prendre ma retraite ».

Denis – Non, ça, on continue!

Guy – Bon, Denis, on va y aller avec notre entrevue Ça nous intéresse. Tu es prêt? Questions courtes, réponses courtes.

Denis – Très prêt. Allons-y!

L’enfance et les premières passions de Denis Bouchard

Guy – Alors, quel genre d’enfant étais-tu, Denis Bouchard?

Denis – Épouvantable! Épouvantable! J’étais un TDA avant que le mot existe. Quelqu’un qui n’avait pas de Ritalin… alors qu’il en aurait probablement eu besoin. J’étais très, très tranquille quand arrivaient les examens, mais le reste du temps, je me faisais sacrer dehors de la classe à tous les jours. Je me souviens, les professeurs entraient dans la classe, les élèves riaient, ils me regardaient et me faisaient juste signe vers la porte.

Guy – Et tu connaissais le chemin!

Denis – Je connaissais le chemin.

Guy – Deuxième question : qu’est-ce qui te fait le plus plaisir dans la vie actuellement?

Denis – Prendre des marches dans le bois avec mon chien et ma blonde. Je découvre une grande sérénité là-dedans. On va faire du ski de fond, de la raquette… qu’il y ait de la neige ou pas, on marche dans le bois. C’est extraordinaire. Je me suis fait chum avec des arbres. On se parle régulièrement.

Guy – Et n’écris pas sur les arbres, c’est dangereux!

Denis – Non!

Guy – OK. Écoute, on s’en va ailleurs. Qu’est-ce qui fait que tu donnes des conférences? Tu nous as approchés il y a quatre ou cinq ans : « Moi, je veux faire des conférences ». Pourquoi?

Denis – Eh bien, c’est parce que je trouve que j’ai bien des affaires à dire. Tu sais, ça fait 50 ans que je fais ce métier-là. J’ai vécu toutes sortes d’affaires, j’ai travaillé partout dans le monde, j’ai visité 125 pays et j’ai surtout travaillé avec de grosses équipes. 140 personnes à Moscou qui ne parlent pas ta langue. Comment tu gères ça, le travail d’équipe? Comment tu crées? Comment tu t’adresses au public? Comment tu gères le stress tout seul?

Je trouvais que j’avais des affaires à dire. Je le faisais déjà pour mes chums et tout ça. Je me suis dit : « Bin mon Dieu, je vais le faire pour des corporations, des organismes ». J’aime ça rencontrer le monde. Je ne me tanne pas.

Stress, petites inquiétudes et les rêves d’enfance de Denis Bouchard

Guy – Effectivement, et ça se passe bien!
Et qu’est-ce qui te stresse le plus dans la vie?

Denis – Oh, bonne question! Je vais essayer de te donner une réponse courte. C’est l’anxiété. Je réalise que je suis toujours en train d’appréhender des affaires qui pourraient arriver. Tu sais, exemple nono : « Ai-je oublié mes clés dans la maison? » Ce sont des affaires niaiseuses.

Est-ce que j’ai apporté les bons documents pour cette affaire-là? Ai-je oublié d’aller ramasser telle affaire? Ai-je envoyé ce chèque-là au gouvernement ou pas? On dirait que l’ordinaire s’efface. Les affaires qui se faisaient avant rapidement, maintenant, il faut que je prenne des notes. Des petits papiers comme ça, j’en ai partout dans la maison. La maison est remplie de post-it parce qu’on dirait que les petites affaires du quotidien, je les oublie de plus en plus. Je n’oublie pas l’essentiel, mais ce sont les affaires nounounes.

Guy – C’est drôle que ce soient des choses comme ça qui te stressent. Souvent, les gens vont répondre : « J’ai peur du lendemain », « j’ai peur de la maladie », etc.

Denis – Non, pantoute. Je n’ai pas peur de rien de ça. Ce dont j’ai peur, c’est de perdre mon téléphone. Je le perds quinze fois par jour. Là, je suis rendu que je me le mets dans le cou. Il est attaché avec des cordes. Je suis écœuré de peser sur ma montre pour savoir où est mon téléphone. Je l’oublie dans des endroits publics. Je l’oublie partout. Ça, ça me stresse.

Guy – Je te comprends. Plus de téléphone, on n’a plus de vie.
Prochaine question : qu’est-ce que tu ferais si tu n’avais pas été comédien ou metteur en scène?

Denis – Moi, j’avais étudié pour devenir psychologue. J’aurais été un très, très mauvais psychologue. Mais en même temps, jouer, c’est aussi de la psychologie. J’ai tout lâché ça pour devenir acteur très rapidement. Je ne sais pas faire autre chose que de jouer des personnages.

Mais quand j’étais jeune, moi, je ne voulais pas être acteur. Même si, à six ans, j’écrivais des shows pour le temps des Fêtes devant la famille, puis je chargeais 5 sous pour venir dans la cave voir le show. Non, moi, je voulais être Tintin. Je voulais être reporter partout dans le monde. D’où probablement les cheveux… c’est tout ce qui reste de Tintin. (rires)

Guy – Et les voyages!

Denis – Et les voyages.

Voyages et portrait de l’homme derrière la scène

Guy – Allons-y là-dessus. Tu as fait beaucoup de voyages, tu disais tantôt avoir visité 125 pays. Quel est le plus beau voyage, le plus mémorable? Celui qui te vient en tête?

Denis – Oh, il y en a plusieurs.

Disons LE voyage.

Denis – La Polynésie française. C’est extraordinaire. Tahiti, c’est bien, bien proche du paradis. Du moins, la définition qu’on se fait du paradis. Le monde est fin, la bouffe est bonne, l’eau est belle, c’est magnifique.

Guy – On va garder ça en tête pour un prochain voyage.

Denis – Veux-tu savoir le pire?

Guy – Ah, aweille donc! Vas-y avec le pire, si ça se dit. (rires)

Denis – La Corée du Nord.

Guy – Ouais, j’avais déjà lu là-dessus. Tu es allé là? Oui, mais le pire… en même temps, tu as fait des découvertes?

Denis – Oui, tu fais des découvertes, mais c’est comme si tu allais dans un tout inclus où il n’y a pas de piscine, pas d’activités, pas de restaurant, pas de bar. Et tu ne peux pas sortir dans la rue. Tu es comme dans une prison. C’est ridicule. Vraiment ridicule.

Guy – Et il y a des militaires à toutes les portes.

Denis – Oui, il y a des militaires. À 6 h du matin, il y a une musique qui part avec des speakers dans les rues : « Levez-vous, les amis, puis faites la révolution. Allez travailler ».

Guy – Bon, peut-être une question du même genre, mais chez les gens : qu’est-ce qui te déplaît le plus chez les gens?

Denis – Je pense que c’est la fainéantise. La paresse. Les « pourquoi je ferais ça, moi? ». Les gens qui ne se définissent pas dans l’action. Ça, ça m’irrite.

Guy – Et évidemment, c’est à l’opposé de toi, il n’y a pas de doute là-dessus.

Denis – C’est sûr que c’est toujours un peu à l’opposé. Mais souvent, on dit qu’on reproche aux autres une partie de soi-même avec laquelle on n’est pas capable de composer. Mais je ne suis pas fainéant. J’aime ça ne rien faire, ce n’est pas pareil, hein? (rires)

Guy – Mais ne rien faire et te promener avec ton chien parmi les arbres, ce n’est pas pareil. (rires)

Denis – Juste rester assis et lire un livre. J’ai toutes sortes de places dans la maison, dépendamment des lectures que je fais. Les romans policiers, c’est dans tel sofa; les magazines, c’est dans tel sofa; les livres d’histoire…

Guy – À côté des post-it! (rires)

Denis – Exactement. Mais ça, ce n’est pas « rien faire ». Ou oui, c’est rien faire, mais… c’est plutôt quand quelqu’un fait les choses lâchement.

Guy – Ça, ça te tombe sur les nerfs. On peut comprendre!

Apprendre, expérimenter et rester curieux

Guy – OK. Si tu avais l’occasion de retourner à l’école, ou si tu décidais de retourner à l’école, quelle formation suivrais-tu en premier?

Denis – Probablement quelque chose qui m’a toujours fasciné, mais que je n’ai jamais pensé faire : les mathématiques. Alors que je sais que c’est tout à l’opposé de moi. J’ai étudié l’histoire, la psychologie, tout ça. Les mathématiques, parce que j’ai réalisé une chose : c’est quoi la différence entre l’humain et la machine? C’est quoi la limite de la machine? La machine est incapable de conceptualiser l’infini. Un chiffre va rester fini dans une machine. L’infini, elle ne comprend pas ça. L’humain, lui, comprend ça. Et j’aimerais ça fouiller, lire là-dessus.

Guy – Parlant de machine… On divague, là — si tu pouvais te cloner, tu réinventes un Denis Bouchard, quel talent supplémentaire lui donnerais-tu?

Denis – Je me donnerais les talents que j’ai, mais encore mieux. (rires)

Guy – Tu veux dire qu’il ne te manque rien? (rires)

Denis – Mais non! Mais, je serais un meilleur acteur, un meilleur metteur en scène, un meilleur écrivain. Je suis capable d’écrire, mais ça me prend 19 versions avant qu’une pièce soit finie. Il y en a comme Claude Meunier : une version, puis c’est fini. Michel Tremblay… Moi, c’est long. Tout est long. Ce sont de longs processus.

Guy – Il faut travailler fort.

Denis – Oui. Il faut que je travaille bien, bien fort. Il faut que j’aille chercher la rondelle dans le coin.

Guy – Mais on dit souvent que les plus grands champions, c’est un mélange d’inspiration et de travail.

Denis – Oui, certes. Mais quand j’étais à l’école de théâtre, le professeur Marcel Sabourin m’avait dit : « Dans ce métier-là, ça prend 10 % de talent et 90 % de courage ». Moi, j’aimerais ça avoir peut-être 40 % de talent. Comme ça, je serais obligé de travailler moins pour arriver au même résultat. (rires)

Questions rapides pour mieux connaître Denis Bouchard

Guy – Trois dernières questions. Questions rapides, réponses rapides.

Si tu pouvais donner 1 million de dollars à une cause, quelle serait-elle?

Denis – Popote roulante.

Guy – Popote roulante! Ok, on va leur dire.

Denis – Oh oui! C’est hallucinant. Et on va tous avoir besoin d’eux autres à un moment donné.

Guy – Effectivement!
Deuxième question : si tu pouvais retrouver ton ou ta meilleure amie d’enfance, qui ce serait?

Denis – Ce serait la première femme que j’ai embrassée dans ma vie, à six ans. Danielle Cloutier. (rires)

Guy – Peut-être qu’elle aurait des commentaires drôles à ton sujet! (rires)

Et dernière question : si tu pouvais t’acheter tout ce que tu veux, sans budget, ce serait quoi?

Denis – Je ne suis pas très matérialiste. Ce serait probablement de ne jamais conduire d’automobile. Je déteste conduire. J’aurais un chauffeur avec une auto. J’haïs ça, conduire.

Guy – Et pourtant, vu l’endroit où tu demeures, je sais que tu fais beaucoup de kilométrage.

Denis – Je sais! J’en fais. Mais je trouve que c’est une perte de temps. Je pourrais lire, je pourrais faire toutes sortes d’affaires.

Guy – Oui, mais il existe des podcasts, Denis!

Denis – Oui! J’ai découvert ça récemment, Guy, et je capote.

Guy – Je comprends!
Écoute, je te souhaite tout ça pour 2026, Denis. Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup de ta participation aujourd’hui. On se revoit dans les prochaines semaines.

Denis – Avec grand plaisir.

Guy – À bientôt et bonne année!

Partager l’article:

Articles récents