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Ça nous intéresse… Entrevue avec Laurence Jalbert

Dans cette entrevue, découvrez Laurence Jalbert sous un autre angle. De son enfance en Gaspésie à ses débuts dans la musique, elle raconte comment la petite fille timide est devenue l’une des voix marquantes de la chanson québécoise. Elle partage aussi les expériences qui ont façonné son parcours, l’importance de sa famille et ce qui l’anime aujourd’hui dans ses conférences. Une conversation authentique sur la résilience, l’amour et l’espoir. Ça nous intéresse! Et vous?

ENTREVUE

Marilyn – Bonjour à tous, chers abonnés ! Marilyn Bourgeois aujourd’hui pour mener cette entrevue Ça nous intéresse. Donc oui, ça fait différent aujourd’hui. Je sais que vous êtes habitués à ce que Guy anime les entrevues, mais aujourd’hui, c’est à mon tour et j’ai le grand plaisir d’accueillir et d’interviewer l’une des voix incontournables de la chanson québécoise. Auteure-compositrice-interprète, nombre de ses succès ont marqué des générations.

Et si vous êtes comme moi, probablement que vous connaissez toutes les paroles par cœur, sans même le savoir. Je vous mets au défi de faire jouer une de ses chansons et je suis certaine que vous allez connaître tous les mots. Évidemment, ça lui a mérité plusieurs prix et plusieurs reconnaissances. Mais au-delà de l’artiste, il y a aussi la femme de cœur engagée que l’on est très fiers de représenter chez Formax. J’ai donc le plaisir de l’accueillir pour cette première entrevue avec nous : Laurence Jalbert !

Une voix marquante de la chanson québécoise

Laurence – Et là, avec tout ce que tu viens de dire, pour l’amour du bon Dieu, arrête ça, comme dirait ma mère. Tu sais, je n’en reviens pas quand les gens énumèrent des trucs comme ça sur moi. Moi, comment dire… Tu sais, je suis une Gaspésienne. J’ai toujours travaillé en humilité et j’ai toujours avancé en humilité.

Et quand je regarde tout ça, je fais : Aïe ! C’est-tu moi ? J’ai toujours le syndrome de l’imposteur, toujours. J’ai l’impression qu’il faut que je me retourne en arrière. C’est-tu de moi dont elle parle ? Bien oui. Et j’aime mieux être comme ça. J’aime être comme ça.

Marilyn – Et je confirme aux gens qui nous écoutent que tu es comme ça. Tu es très gentille et accessible. D’ailleurs, je le sais qu’on va avoir de la misère à se limiter, toi et moi, aujourd’hui en entrevue, parce qu’on est capables de jaser pendant très longtemps. Et là, mon équipe m’a dit : « Ça ne prend pas des entrevues d’une demi-heure, une heure, là Marilyn ! »

Laurence – Ça va être tough.

Une enfant timide… mais déjà créative

Marilyn – Je te mets au défi, Laurence, pour cette entrevue Ça nous intéresse. Question courte, réponse courte, le plus possible, dans la mesure de nos compétences. On va juste passer au travers de quelques questions ensemble. Et je vais commencer avec la question que moi j’aime bien qu’on pose généralement à la plupart de nos invités, parce que je trouve qu’elle est incontournable : quel genre d’enfant étais-tu ?

Laurence – J’étais une enfant complexée, une enfant timide, gênée à mort, terrorisée des travaux à l’école. J’avais assez peur de devenir rouge, rouge, rouge. Tu sais, je suis rousse, naturelle. J’ai le teint pâle. Ça fait que chaque fois que quelqu’un me regardait, je devenais rouge, rouge, rouge. J’étais une enfant très, très, très timide, qui manquait de confiance en elle, énormément complexée.

Et c’est ça. À un moment donné, j’ai trouvé une sorte de courage, mais d’être aussi pognée dans l’enfance… je ne pouvais pas rester comme ça, c’était impossible. Puis en même temps, l’enfant que j’étais avait des projets. Je montais des soirées dans ma tête, je composais des chansons. J’avais sept, huit ans, tu sais. Il fallait que je sorte de ces complexes-là et de cette gêne-là.

Et je pense que c’est arrivé.

Marilyn – Est-ce que tu as été amenée par toi-même à te sortir de cette gêne-là ? Est-ce que tu reconnaissais que c’était une barrière et tu t’es sortie toi-même de là ? Ou est-ce qu’il y a des gens autour de toi qui t’ont accompagnée en disant : « Laurence, il va falloir que tu te dégênes » ?

Laurence – Non, non, non. Tous les changements, toutes les décisions, tout… Bien évidemment, ça a été parfois à travers du regard des autres, mais je ne voulais pas rester comme ça. Je voulais m’exprimer, je voulais chanter, faire de la musique.

Je veux dire, j’étais musicienne au début. Je ne chantais pas dans les premiers bands. Je ne chantais pas, j’étais trop gênée, je me cachais derrière les instruments. Je jouais du piano, de la guitare, de la basse, des percussions. Mais le piano est mon instrument de base. C’est là que j’ai appris.

Mais je me cachais. Mais tu sais, ça ne m’a pas pris tant de temps que ça. J’ai pris le temps de me dire : écoute, je veux en arriver à chanter, à m’exprimer avec ma voix. Et j’ai suivi ce chemin-là et j’ai passé par-dessus.

Mais j’étais tellement… La première fois que j’ai chanté, là, je te le jure, je vous le jure ! J’avais un trémolo dans la voix. J’étais gênée à mort !

La Gaspésie, berceau de son imaginaire

Marilyn – Écoute, peut-être que ça peut nous guider vers la prochaine question : qu’est-ce qui t’a le plus influencée quand tu étais jeune ?

Laurence – Ce que j’avais autour de moi comme Gaspésienne. Tu sais, moi je suis venue au monde à Rivière-au-Renard, en Gaspésie. Puis, quand j’étais enfant, on a déménagé quelques fois dans le village. Je ne viens pas d’une famille riche du tout, du tout, du tout. D’ailleurs, il n’y avait pas grand monde riche dans mon village.

Mais ce que j’avais autour de moi l’été, j’avais la mer, les bancs de sable. Quand je me réveillais le matin, c’était juste en face de chez nous. Et quand les bancs de sable disparaissaient — parce que moi, j’étais dans mon monde imaginaire sur le banc de sable — j’allais dans le bois en arrière de chez nous, dans les montagnes. Ça fait que j’avais tout ça.

Mon monde créatif, que je ne savais pas que ça allait me servir un jour. Je ne savais pas que ce n’est pas tout le monde qui avait ça. Moi, je partais dans le bois, je partais seule sur le banc de sable à la mer. J’étais dans mon monde, j’inventais des histoires. Je pensais que tout le monde était comme ça et j’ai découvert que non, tout le monde n’était pas comme ça.

Et ça m’a donné un petit choc quand j’étais enfant. Vraiment. Mais j’ai voulu comprendre pourquoi j’étais comme ça. Et c’est ça l’histoire de ma vie.

Marilyn – Et est-ce que c’est quelque chose que tu aimes ? Parce que ma prochaine question, c’est : qu’est-ce que tu aimes le plus faire dans tes temps libres ?

Laurence – Dans mes temps libres… il faut que je t’avoue, que je vous avoue que pendant à peu près 30-35 ans, je n’avais pas de temps libre. J’occupais mon temps à travailler. Mais pour moi, ce n’était pas toujours travailler : c’était travailler ma voix, travailler mes chansons, aller faire des essayages, aller répéter.

Mes temps libres, c’était ça. Maintenant, à presque 67 ans, mes temps libres, c’est ma famille. Ma famille.

Et je passe plus de temps avec ma famille maintenant, à l’âge que j’ai, que j’ai passé de temps avec mes propres enfants. Ça fait que oui, il y a une sorte de regret. Mais j’ai fait tout ce que je pouvais. J’étais mère monoparentale de deux enfants dans cette carrière de fou là. Ça fait que du temps libre à cette époque-là, ça n’existait pas.

Maintenant, oui. Et je l’apprécie. Et je suis bien. Je suis bien. Je suis bien, ma belle. Je suis bien là.

Marilyn – Je sais que tu es proche de ta fille, de tes petits-enfants !

Laurence – Ah oui, beaucoup, beaucoup. Et mon fils aussi !

Marilyn – Oui, effectivement ! Écoute, quand même curieuse… j’ai l’impression que depuis que tu es jeune, tu voulais devenir une artiste…

Artiste avant même de le savoir

Laurence – Non ! Je t’arrête, je t’arrête. Je ne voulais pas devenir artiste. J’ÉTAIS une artiste ! Et je ne savais pas comment j’allais démontrer ça, comment j’allais exploiter ça, parce que j’étais timide, gênée, complexée, terrorisée. J’étais dans un carcan comme ça.

Mais j’ai toujours été artiste et ça, je pense que je l’ai toujours su. Ce n’est pas que j’étais mieux, ni pire que les autres. J’étais juste tellement différente. Tellement différente.

Et je le savais qu’un jour… je le savais — pas devenir une vedette. Je n’ai jamais voulu être une vedette. Je ne le veux toujours pas… Je veux communiquer, explorer l’âme humaine, explorer ce contact-là, explorer l’émotion, les différences, nos différences. Homme, femme, ou qu’importe.

Exploiter ça. Tout ce manque de connaissance-là. TDAH que je suis, ça n’en finissait jamais. Je trouvais toujours d’autres sujets.

Et je suis encore comme ça. J’ai toujours été allumée comme créatrice et ça, je l’ai su très, très, très jeune.

Marilyn – Et si tu pouvais te cloner, quel talent supplémentaire donnerais-tu à ton clone ? Quelque chose que tu aurais aimé avoir ?

Laurence – Oh mon doux. Oui, j’aurais aimé avoir le don des langues. C’est fou parce que j’avais pris quelqu’un sous mon aile. Un jeune chanteur que j’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup et qui a été sous mon aile pendant plusieurs années.

Et lui, il me faisait tellement suer, le petit maudit de 21 ans. Il apprenait sa septième langue. Il apprenait le perse ! Et moi, j’ai de la misère à baragouiner l’anglais. Et tu sais, j’ai été mariée avec un Anglais pendant un bout de temps.

Mais oui, j’aurais aimé avoir le don des langues pour justement aller chercher autre chose chez l’autre, apprendre autre chose, connaître autre chose chez l’autre. C’est encore dans ce même désir de connaître l’autre.

Le courage de suivre sa voie

Marilyn – Et si tu ne pouvais pas être l’artiste compositrice-interprète que tu es, qu’est-ce que tu aurais fait ? Je sais que tu vas me répondre que tu as toujours été artiste, mais est-ce que tu aurais imaginé faire autre chose ? Qu’est-ce que tu penses que tu aurais pu faire d’autre ?

Laurence – Au début, je disais à mes parents que je voulais être coiffeuse. Non, mais c’est correct, être coiffeuse ! Mais c’est parce que j’avais trop peur d’exprimer ce que je voulais vraiment faire. Pas devenir une vedette, mais exploiter le côté artistique, c’est ça. Puis chez nous, il n’y avait pas de cours de piano à cette époque-là. Il fallait aller à Rimouski pour suivre des cours de musique.

Écoute, mes parents, qui étaient pauvres, faisaient 4 h de route pour aller à Rimouski et 4 h de route pour revenir pour que je suive des cours de piano. C’était quelque chose. Une chance que j’ai eu les parents que j’ai eus, qui ont cru en moi. Ils ont eu peur à un moment donné parce que je suis partie très jeune de chez moi pour connaître la vie, puis apprendre le métier.

Très jeune, en 76, je suis partie avec un band pouilleux que je ne connaissais pas, que j’avais connu la veille dans un bar. Ils m’avaient vue jouer des claviers et ils ont dit : « Allez, on veut que tu sois avec nous. » Moi, j’ai embarqué. Morte de peur, terrorisée.

Et là, j’ai compris que j’avais plus de courage que je le pensais.

Ça a commencé comme ça. Et là, mes parents ont eu peur. Mais ils m’ont toujours suivie dans ma folie. La confiance de ses parents, c’est important.

Mettre de l’amour dans tout

Marilyn – Question de réflexion : qu’est-ce que tu souhaites que l’on se souvienne de toi ?

Laurence – Oh mon Dieu ! J’aimerais… Le plus vieux de mes petits-fils, Noah, qui a 20 ans maintenant… J’en ai sept petits-enfants, de 20 ans à 3 ans. Et Noah, à un moment donné, il allait avoir six ans, puis je l’avais par la main…

Noah est autiste, comme ma fille d’amour. J’avais sa petite main dans la mienne, puis on s’en allait magasiner pour acheter son cadeau d’anniversaire. Puis il s’est arrêté. Un beau petit blond, tu sais, un ange sur la terre. Il s’est arrêté.

« Qu’est-ce qu’il y a, Noah ? »

Il dit : « Mamie, je pense à ça. Tu mets de l’amour dans tout, toi, hein ? »

Ma foi, j’en ai encore les larmes aux yeux. C’est ça que je veux laisser. C’est ça que je veux laisser à ma famille, à mes petits-enfants, aux gens qui me suivent, aux gens qui m’aiment et que j’aime, et à ceux que je ne connais même pas qui me suivent.

Je veux juste laisser mon sourire et de l’amour. Je mets de l’amour dans tout ça.

De la scène à la conférence

Marilyn – Ça nous amène facilement sur la dernière question, dont je connais quand même bien la réponse pour en avoir jasé longtemps avec toi. Mais pour les gens qui nous écoutent aujourd’hui : pourquoi est-ce que tu fais des conférences ? Qu’est-ce qui fait que tu fais des conférences ?

Laurence – À partir de mon premier livre, en fait. J’avais hâte d’en arriver là. Ça fait longtemps que je donne des shows. Je ne compte même plus le nombre de shows que j’ai pu donner dans ma vie. Ça n’a aucun sens. Et j’en donne encore.

Mais je me rappelle d’une fois où j’avais donné un spectacle dans un aréna. Ce n’était pas la première fois que j’entendais un commentaire comme ça, mais un monsieur, dans un concept de show dans un aréna où personne n’entend rien quand tu parles, est venu me voir après le show.

Puis il me dit : « Madame Jalbert, vous m’avez touché autant avec ce que vous avez dit comme présentation qu’avec vos propres chansons. »

Et ça, c’est resté accroché là tout le temps.

Et mes musiciens me disaient : « Laurence, ce ne sont pas des shows que tu donnes, ce sont des messes, ce sont des célébrations. »

Et quand j’ai sorti mon premier livre, j’ai dit : « Bien là, c’est l’occasion. Je veux aller communiquer de cette façon-là. » Et je le fais avec un musicien qui est extraordinaire.

On parle de beaucoup de thèmes, de certains thèmes selon mes chansons, selon le thème de mes chansons. Et puis on s’en va là-dessus. Moi, j’ai la base sur le thème. Je dis pourquoi cette chanson-là a été écrite.

Mais oui, il y a les chansons. Mais il y a aussi beaucoup de thèmes qui ne font pas partie de mes chansons. Mes chansons sont une excuse.

Ben oui, mes chansons sont une excuse parce que mes chansons ont toutes été écrites par et pour les autres, pas une seule pour moi. J’ai écrit mes chansons à partir de ce que les autres me racontent.

Ça fait que quand j’arrive pour parler devant les gens, j’ai l’impression que je leur parle à eux autres. Je raconte des événements, des trucs qu’ils ont vécus eux aussi.

C’est absolument nécessaire dans une vie. On vit tous et toutes les mêmes choses, mais à des dates différentes et à des moments différents.

Mais c’est ça : communiquer les petits outils que j’ai utilisés, moi, dans ma propre vie pour rester debout et souriante, et le cœur pur, après tout ce que la vie… que je me suis donné, comment dire…

Je me suis donné une vie, mais la vie m’a fait ses dons aussi. C’est correct, ça. C’est mon destin.

Et de trouver un sens à tout ça et de le partager. Et de ne pas dire : « Moi, j’ai une recette, je sais comment ça marche. »

Non ! Non, je ne sais pas comment ça marche.

Tout ce que je sais, c’est que je suis restée debout après les maladies, la violence conjugale, des ci, des ça, quinze ans de musique de bar avec des gars forts. Il fallait que je me batte dans le corridor.

Je suis encore là. J’ai encore mon sourire. Et puis j’ai peut-être pété les dents des autres, mais moi, les miennes sont intactes.

Non mais tu sais, je pourrais être dans la colère, je pourrais être… et je ne le suis pas. Je n’arrive pas à avoir aucune rancune. Je ne suis pas rancunière. Ça ne marche pas avec moi.

Et puis je trouve un bienfait à ça : c’est que justement, mon cœur reste pur là-dedans. Je n’arrive pas à haïr quelqu’un, moi. C’est dans l’amour que je fais les choses et dans l’humilité. Comme mes conférences, comme mes chansons.

Marilyn – Tout à fait ! Et là, tu as déjà bien résumé les thèmes que tu peux aborder en conférence. Tout cela est disponible sur notre site internet, sur ta fiche conférencière, Laurence.

Si vous voulez aller consulter tout ce qu’elle peut faire en conférence — et oui, elle l’a mentionné tantôt, c’est une conférence musicale accompagnée de son pianiste — alors, n’hésitez pas à communiquer avec nous si vous voulez avoir plus d’informations.

Et merci, Laurence, de m’avoir accordé cette première entrevue !

Laurence – Je suis trop contente, je suis trop contente. Et ma conférence s’appelle « Encore et encore de l’espoir ». Et pour moi, il va toujours y avoir de l’espoir tant que le petit cœur vibre.

Marilyn – Tout à fait. Et au grand bonheur de mon conjoint, je vais sûrement encore écouter tes chansons pendant quelques semaines dans la maison ! C’est la mode des années 90, ça fait que je suis dans la thématique.

Merci encore à toi, Laurence. Puis on se souhaite plein de conférences à venir avec différents clients.

Laurence – Oui, oui, oui ! Moi, j’adore faire ça. Mes bras sont grands ouverts tout le temps ! J’adore jaser.

Marilyn – Merci encore à toi et bonne journée !

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