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Ça nous intéresse… Entrevue avec Manuel Añò

Dans cette entrevue, découvrez Manuel Añò sous un autre angle. De son enfance turbulente marquée par la dyslexie à ses expéditions sous les glaces du Groenland, il raconte comment un jeune garçon en quête de repères est devenu un explorateur et cinéaste sous-marin de renommée internationale. Il partage avec authenticité les expériences extrêmes qui ont façonné son parcours, l’importance de son nouveau pilier familial et ce qui l’anime aujourd’hui dans ses conférences chez Formax. Une conversation fascinante sur la résilience, la préparation et le dépassement de soi. Ça nous intéresse ! Et vous ?

ENTREVUE

Guy : Alors bonjour à vous, chers abonnés à l’infolettre de Formax. J’espère que vous allez bien en ce printemps qui pointe enfin le bout de son nez. On a tellement hâte de le voir après un hiver long et rigoureux !

Un parcours atypique : de l'échec scolaire à l'exploration extrême

Guy — Aujourd’hui, je vous présente un être un peu particulier. Vous allez me dire : « Guy, c’est ce que tu nous dis chaque mois ! ». Mais cette fois-ci, c’est vraiment spécial. Évidemment, il est conférencier chez Formax, mais c’est surtout un aventurier, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a peur de rien. On pourrait lui demander s’il craint certaines choses, mais il semble intrépide : il fait de la plongée sous-marine sous la glace et réalise des tournages extrêmes. Je l’ai même vu sur le toit d’une voiture pour filmer des plans d’action !

Bref, depuis son plus jeune âge, il est obnubilé par l’idée de faire des choses que les autres évitent par danger. En plus, c’est quelqu’un de très féru d’environnement. Il veut prendre soin de nos mers, de nos océans et, bien sûr, de notre fleuve Saint-Laurent. Je vous présente aujourd’hui Monsieur Manuel Añò. Bonjour Manuel !

Manuel — Allô Guy !

Guy — J’en ai trop dit ou pas assez ?

Manuel — Non, non, c’est parfait ! Ça fait une bonne base pour papoter un peu.

Guy — Excellent ! Chers téléspectateurs, Manuel vient d’arriver chez lui à Québec. Il revient d’un spectacle à l’Aquarium du Québec. Tu es déjà sec ?

Manuel — J’ai juste eu le temps de me sécher vite avant pour ne pas être en retard !

L'équilibre entre adrénaline et vie de famille

Guy — Manuel, je t’explique : à chaque fois, avec l’un de nos conférenciers, on fait une entrevue de type « Ça nous intéresse ». On veut apprendre à te connaître davantage. Pour devenir un aventurier comme toi, quel genre d’enfant étais-tu ?

Manuel — J’étais un enfant turbulent. Je n’ai pas eu une belle scolarité. J’ai vécu de magnifiques moments en dehors de l’école, mais à l’intérieur, c’était plus difficile. Je suis dysorthographique et dyslexique. J’ai redoublé plusieurs fois, j’ai fait un peu de décrochage scolaire par-ci, par-là… C’est vraiment à travers le sport que j’ai réussi à prendre confiance en moi et à trouver un domaine où je pouvais performer, puisque ça ne fonctionnait pas vraiment dans les matières académiques.

Guy — C’est drôle parce que — sans nommer personne dans notre agence — on remarque souvent que les gens qui ont eu un parcours scolaire sinueux deviennent des créateurs, des aventuriers ou de grands leaders. C’est vrai que quand on est jeune, on croit que ces gens-là sont « différents », mais en bout de ligne, on a tous des forces incroyables.

Je saute du coq à l’âne : qu’est-ce qui te fait le plus plaisir dans la vie, à part la plongée et l’eau ?

Manuel — Je suis un jeune papa d’une petite fille de trois ans. La vie de famille, c’est vraiment quelque chose qui a créé un équilibre que je n’avais pas avant : une routine. Finalement, je m’aperçois que ça fait du bien. Ça me donne des repères que j’avais du mal à avoir auparavant. En tant qu’autoentrepreneur, dirigeant d’entreprise et explorateur, il n’y a rien de routinier là-dedans. Ma famille est mon pilier.

Guy — Ça donne une certaine discipline, bien que ça en prend dans ton domaine aussi. D’ailleurs, si tu n’avais pas opté pour l’aventure et la plongée, qu’aurais-tu fait dans la vie ?

Manuel — Je pense que ce qui me plaît le plus, c’est la curiosité. Il y a dix mille autres métiers que j’adorerais faire. Je m’étais toujours dit que j’aurais plusieurs carrières. Finalement, plus le temps passe, moins j’en ressens le besoin, car mon métier actuel me permet de vivre énormément d’expériences. Mais j’aurais aimé des métiers avec de l’action, comme Médecins Sans Frontières. Trouver l’aventure, mais avec un sens humain et un engagement sur le terrain.

Guy — Une implication humaine que tu pratiques déjà à ta façon. Ton travail t’a amené à voyager partout, comme dans la Manche. Quel est le plus beau voyage que tu as fait ?

Manuel — C’est la pire question ! (rires) Enfin, c’est la deuxième pire. La première étant : « C’est quoi la plus belle plongée que tu as faite ? ».

Guy — C’était ma prochaine ! (rires)

Manuel — Je la déteste, Guy ! En fait, il y en a trop et je ne donne jamais la même réponse. Comme nous sommes en plein hiver, je serais moins porté à te parler de plongée sous glace. Mais habituellement, c’est mon voyage au Groenland qui ressort. Pour ma spécialité — la vidéo sous glace en conditions extrêmes —, c’est là que mes compétences s’expriment le mieux. Les paysages et les rencontres humaines étaient également incroyables.

Guy — Tu m’as ouvert la porte : alors, la plus belle plongée, ce serait quoi ? Tu n’as pas le droit de dire le Groenland !

Manuel — Un ami me dit souvent : « La plus belle plongée, ce n’est pas où tu l’as faite, c’est avec qui tu l’as faite ». Je trouve ça très beau. Je fais entre 200 et 300 plongées par an, donc j’en ai des milliers au compteur. Aujourd’hui, les plongées qui me marquent le plus sont celles faites en famille. J’ai en tête une plongée en Méditerranée, dans les Calanques à Marseille, avec mon frère et ma sœur. Je les ai initiés à un système de plongée très complexe et coûteux que peu de gens peuvent essayer. Partager ce moment avec eux sous l’eau est mon plus beau souvenir.

Gérer le risque et le stress en conditions extrêmes

Guy — Comment gères-tu le stress ? Tes expéditions demandent une préparation immense. As-tu une routine comme les athlètes olympiques ?

Manuel — Mon stress apparaît au moment où j’accepte le projet. Si on prévoit un départ en Arctique dans deux ans, je stresse tout de suite en me demandant comment je vais y arriver. Mais une fois que la préparation commence, le stress s’en va car je suis dans l’action. L’entraînement physique est crucial ; les fois où je l’ai négligé, ça a été dangereux.

Je teste tout mon matériel au Québec, dans des carrières près de chez moi. S’il doit faire -50 °C là-bas, j’attends qu’il y ait un grand froid ici pour voir comment l’équipement réagit. Comme ce que je fais n’a souvent jamais été fait, le matériel n’est pas toujours homologué pour cet usage, ce qui force à réfléchir. Mon stress disparaît aussi quand je monte mon équipe. Je ne suis jamais seul : j’ai un technicien, un expert en décompression et un médecin hyperbare qui prévoit les plans B et C en cas d’accident.

Guy — C’est fascinant. Il y a beaucoup de liens avec le monde de l’entreprise : le travail d’équipe et la préparation. Mais tu as mentionné avoir fait des choses risquées. As-tu déjà eu peur de ne pas revenir ?

Manuel — Il y a eu deux ou trois fois où j’ai vraiment pensé que c’était la fin. Une fois, nous nous sommes retrouvés bloqués sous des couches d’icebergs qui dérivaient. La glace s’est compactée et il n’y avait plus d’issue. La personne avec moi était en apnée, elle était légère et au-dessus de la couche de glace. Moi, avec mes bouteilles et mes 50 kilos d’équipement, j’étais coincé comme dans des sables mouvants. À 30 secondes près, il n’aurait plus pu m’aider.

J’aime échanger sur ce sujet avec des médecins ou des vétérans. Ce qui m’importe, c’est le débriefing. Qu’est-ce qu’on en retire ? Si tu arrêtes tout après une peur, ça n’a servi à rien. Chaque situation de danger nous permet d’améliorer nos processus et notre sécurité.

Guy — Tu es jeune. Y a-t-il un âge où tu te dis que tu arrêteras pour faire de la plongée plus « récréative »?

Manuel — Je pense qu’il ne faudrait pas que je me fixe une date. Si je me dis « j’arrête à 50 ans », je vais commencer à me convaincre que je ne suis plus capable. Je préfère me dire : « J’ai déjà fait ça, donc je peux faire plus », tant que le physique suit et que les bilans de santé sont bons. Il faut savoir s’écouter et ne pas avoir peur d’annuler une expédition si les conditions ne sont pas bonnes, même si on a des partenaires financiers. C’est parfois la décision la plus courageuse.

Pourquoi partager ces aventures en conférence ?

Guy — Une dernière question : pourquoi donnes-tu des conférences ? Qu’est-ce qui te plaît là-dedans ?

Manuel — Au début, je me demandais quelle était l’utilité réelle de mon métier, à part faire de belles images pour la télé. On voyage loin, on a un gros bilan carbone… Puis, des écoles et des entreprises ont commencé à m’inviter. J’ai réalisé que partager mes expériences donnait du sens à tout ce travail. Sur une expédition, on passe 100 heures dans l’eau pour 1000 heures de préparation. Si c’est juste pour un film que les gens voient une fois, c’est dommage. Échanger avec des jeunes en échec scolaire ou des entreprises en gestion de crise, c’est là que mon métier prend toute sa valeur.

Guy — Ce sont d’excellentes raisons ! Nous sommes très heureux de te compter parmi nous. Pour ceux qui sont séduits par son parcours, visitez le formax.ca pour en savoir plus. Merci énormément, Manuel !

Manuel — Merci Guy !

Guy — Tu m’as donné le goût d’en savoir plus. Peut-être pas pour faire de la plongée sous-marine, mais j’aimerais bien te voir à l’œuvre un jour ! À bientôt.

Manuel — À très bientôt. Bye !

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