Guy — Manuel, je t’explique : à chaque fois, avec l’un de nos conférenciers, on fait une entrevue de type « Ça nous intéresse ». On veut apprendre à te connaître davantage. Pour devenir un aventurier comme toi, quel genre d’enfant étais-tu ?
Manuel — J’étais un enfant turbulent. Je n’ai pas eu une belle scolarité. J’ai vécu de magnifiques moments en dehors de l’école, mais à l’intérieur, c’était plus difficile. Je suis dysorthographique et dyslexique. J’ai redoublé plusieurs fois, j’ai fait un peu de décrochage scolaire par-ci, par-là… C’est vraiment à travers le sport que j’ai réussi à prendre confiance en moi et à trouver un domaine où je pouvais performer, puisque ça ne fonctionnait pas vraiment dans les matières académiques.
Guy — C’est drôle parce que — sans nommer personne dans notre agence — on remarque souvent que les gens qui ont eu un parcours scolaire sinueux deviennent des créateurs, des aventuriers ou de grands leaders. C’est vrai que quand on est jeune, on croit que ces gens-là sont « différents », mais en bout de ligne, on a tous des forces incroyables.
Je saute du coq à l’âne : qu’est-ce qui te fait le plus plaisir dans la vie, à part la plongée et l’eau ?
Manuel — Je suis un jeune papa d’une petite fille de trois ans. La vie de famille, c’est vraiment quelque chose qui a créé un équilibre que je n’avais pas avant : une routine. Finalement, je m’aperçois que ça fait du bien. Ça me donne des repères que j’avais du mal à avoir auparavant. En tant qu’autoentrepreneur, dirigeant d’entreprise et explorateur, il n’y a rien de routinier là-dedans. Ma famille est mon pilier.
Guy — Ça donne une certaine discipline, bien que ça en prend dans ton domaine aussi. D’ailleurs, si tu n’avais pas opté pour l’aventure et la plongée, qu’aurais-tu fait dans la vie ?
Manuel — Je pense que ce qui me plaît le plus, c’est la curiosité. Il y a dix mille autres métiers que j’adorerais faire. Je m’étais toujours dit que j’aurais plusieurs carrières. Finalement, plus le temps passe, moins j’en ressens le besoin, car mon métier actuel me permet de vivre énormément d’expériences. Mais j’aurais aimé des métiers avec de l’action, comme Médecins Sans Frontières. Trouver l’aventure, mais avec un sens humain et un engagement sur le terrain.
Guy — Une implication humaine que tu pratiques déjà à ta façon. Ton travail t’a amené à voyager partout, comme dans la Manche. Quel est le plus beau voyage que tu as fait ?
Manuel — C’est la pire question ! (rires) Enfin, c’est la deuxième pire. La première étant : « C’est quoi la plus belle plongée que tu as faite ? ».
Guy — C’était ma prochaine ! (rires)
Manuel — Je la déteste, Guy ! En fait, il y en a trop et je ne donne jamais la même réponse. Comme nous sommes en plein hiver, je serais moins porté à te parler de plongée sous glace. Mais habituellement, c’est mon voyage au Groenland qui ressort. Pour ma spécialité — la vidéo sous glace en conditions extrêmes —, c’est là que mes compétences s’expriment le mieux. Les paysages et les rencontres humaines étaient également incroyables.
Guy — Tu m’as ouvert la porte : alors, la plus belle plongée, ce serait quoi ? Tu n’as pas le droit de dire le Groenland !
Manuel — Un ami me dit souvent : « La plus belle plongée, ce n’est pas où tu l’as faite, c’est avec qui tu l’as faite ». Je trouve ça très beau. Je fais entre 200 et 300 plongées par an, donc j’en ai des milliers au compteur. Aujourd’hui, les plongées qui me marquent le plus sont celles faites en famille. J’ai en tête une plongée en Méditerranée, dans les Calanques à Marseille, avec mon frère et ma sœur. Je les ai initiés à un système de plongée très complexe et coûteux que peu de gens peuvent essayer. Partager ce moment avec eux sous l’eau est mon plus beau souvenir.