Aller au contenu
Ça nous intéresse… Entrevue avec Rose-Marie Charest

Dans cette entrevue, découvrez Rose-Marie Charest sous un angle plus personnel. De son enfance marquée par une grande curiosité à son parcours en psychologie, elle revient sur ce qui l’a menée à consacrer sa vie à mieux comprendre les êtres humains. Elle partage avec simplicité ce qui la motive encore aujourd’hui dans ses conférences : aller à la rencontre des gens, réfléchir avec eux et contribuer à leur mieux-être. À travers des exemples concrets, elle aborde aussi le stress, l’importance des relations humaines et notre capacité à faire la différence entre inquiétude et réalité. Une conversation humaine, lucide et inspirante sur la santé mentale et le rôle essentiel du lien avec les autres. Ça nous intéresse… et vous ?

ENTREVUE

Marilyn – Bonjour chers abonnés, Marilyn Bourgeois aujourd’hui pour l’entrevue du mois de mai. Le mois de mai, le mois de la sensibilisation à la santé mentale. Alors, c’était une évidence pour nous d’accueillir Rose-Marie Charest en entrevue.

Rose-Marie – Bonjour.

Marilyn – Ça va bien ?

Rose-Marie – Ça va bien.

Puis, je suis contente de profiter de ce mois-là pour faire réfléchir les gens sur le thème de la santé mentale.

Marilyn – Tout à fait. Mais là, on va te faire réfléchir, toi, un petit peu, ou en tout cas te souvenir de choses, parce que j’ai des questions qui portent sur toi et pas sur les autres.

Rose-Marie – Ah bon ? Allons-y !

Marilyn – J’espère que tu es à l’aise ?

Rose-Marie – De toute façon, s’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que si je ne suis pas à l’aise, je vais te dire non.

Marilyn – Ah, tout à fait. Mais on va commencer simplement. Quel genre d’enfant étais-tu ?

Rose-Marie – Curieuse. Ça a été ma principale caractéristique. J’aimais le monde, j’ai parlé jeune, j’ai posé beaucoup de questions, j’étais curieuse. À un moment donné, ma mère n’en pouvait plus. Elle m’a amenée à l’école et elle a dit : « Prenez-la ».

Dans ce temps-là, il n’y avait pas toutes les lois qu’il y a aujourd’hui. J’ai commencé l’école une année plus tôt, justement parce que j’étais trop curieuse.

Marilyn – Et aujourd’hui, qu’est-ce qui te fait le plus plaisir dans la vie ?

Rose-Marie – Bien, ça va avec le fait d’être curieuse. Ce qui me fait le plus plaisir, c’est d’apprendre. Mais d’apprendre d’une manière particulière : apprendre en rencontrant du monde, en réfléchissant à des personnes en particulier, à des groupes en particulier. J’ai fait des études universitaires, fait que bon, j’ai appris par la lecture, puis j’ai continué de lire beaucoup, puis je lis encore — mais les êtres humains sont tellement différents les uns des autres qu’on n’aura jamais fini d’apprendre sur comment ça fonctionne dans la tête des gens, qui était ma principale motivation. Comment ça fonctionne dans la tête des gens. Puis je n’aurai jamais fini d’apprendre si je continue de rencontrer du monde.

Le parcours de Rose-Marie Charest : curiosité, psychologie et conférences

Marilyn – Tout à fait. Puis d’ailleurs, j’ai oublié au début, je t’ai tellement accueillie rapidement — puis je ne suis pas une animatrice experte non plus —, j’ai oublié de te présenter. Tu as été psychologue, je pense, toute ta vie.

Rose-Marie – Je le suis encore. Je suis encore membre de l’Ordre des psychologues. Je suis encore psychologue. Je ne pratique plus la clinique.

Marilyn – Exactement. Et tu as été présidente de l’Ordre des psychologues du Québec aussi. J’aurais dû le mentionner au début, mais voilà, ça fait du sens avec ce que tu viens de dire aussi.

Et ce que tu viens de dire me fait penser à : C’est quoi la raison pour laquelle tu fais des conférences aujourd’hui ? J’imagine que c’est d’aller à la rencontre des gens ?

Rose-Marie – Bien, ce qui est fascinant dans les conférences — puis t’en sais quelque chose —, chaque demande est particulière. Je pourrais parler — on le sait, je n’ai pas une cassette, là —  je n’ai pas une conférence que je transporte d’un endroit à l’autre. Évidemment, je parle toujours de santé psychologique. Je reviens toujours aux connaissances de base. Mais les questions qui sont posées d’un milieu à l’autre varient énormément. J’en prépare une actuellement sur l’isolement, et particulièrement l’isolement en milieu de travail maintenant qu’il y a beaucoup de télétravail. Mais j’en prépare une autre aussi que je vais donner ce soir sur le rapport à l’argent, en particulier dans les relations familiales. Donc, ça peut être très, très varié.

C’est ça qui me fascine ! Avoir la même conférence que je donnerais partout, ça m’allumerait moins. Ce qui m’allume, c’est autant la préparation de la conférence que le fait de la donner. J’aime beaucoup ça quand c’est en personne, mais depuis la pandémie, on a appris aussi à faire des choses à distance. Puis là aussi, je suis capable de ressentir la présence des gens. Je leur demande en général d’ouvrir leur écran quand ils ne sont pas trop nombreux et, même quand ils sont nombreux, je demande qu’il y ait au moins un échantillon qui soit à l’écran pour avoir justement ce contact-là avec les gens.

Stress, relations humaines et conseils pour une meilleure santé mentale

Marilyn – Maintenant, on parle du mois de la sensibilisation à la santé mentale. Toi, Rose-Marie, qu’est-ce qui te stresse dans la vie ?

Rose-Marie – Oh mon Dieu, beaucoup de choses. Moi, tout le monde pense que je suis la fille calme et détendue parce que je parle lentement, parce que j’ai appris, bien sûr, à gérer certaines situations. Moi, le bien-être de mes proches, c’est ma principale source de stress. J’ai des petits-enfants, j’ai une fille, j’ai des sœurs, j’ai un frère, j’ai un gendre. Il faut que ma gang, là… Une fois que tout le monde est bien, là, je suis plus calme. Mais évidemment… je vais te raconter une anecdote. Ma petite-fille, elle me dit, l’autre fois… je ne voulais pas qu’elles aillent en trottinette sur le trottoir. Puis elle m’a dit : « Mamie, tu t’inquiètes beaucoup pour nous, hein, parce que tu nous aimes. » Mais j’ai trouvé ça tellement mignon qu’elle ait compris ça, que c’est aussi de l’amour. Mais elle a senti que c’était de l’inquiétude, donc que ce n’était pas non plus le danger. Et j’apprends surtout à faire la différence. C’est ce que je conseille aux gens : de s’arrêter, faire la différence entre le danger puis l’inquiétude. On a tendance à s’inquiéter parce qu’on voit tous les possibles. Mais c’est quoi la réalité ? Puis c’est quoi le niveau de risque qu’on prend ?

Par exemple, actuellement, il y a beaucoup ça aussi. C’est une autre conférence que j’ai préparée en lien avec l’argent, mais plus pour les gens à la retraite, les investisseurs et tout ça, qui s’inquiètent davantage parce que la bourse… on ne sait pas ce qui va arriver, puis bon, l’économie mondiale, pas juste l’économie locale. Et la question qui se pose tout le temps, c’est : est-ce qu’actuellement, je suis vraiment en danger ou si je suis en train de m’inquiéter ? Et si je suis en train de m’inquiéter, est-ce que je prends les bons moyens pour me rassurer ? Est-ce qu’il y a des experts qui peuvent me conseiller ? Est-ce que je me fais appuyer par quelqu’un en qui j’ai confiance ? Donc, se donner les moyens pour se rassurer et accepter que le risque zéro n’existe pas. On ne pourrait pas vivre si on ne prenait pas de risque.

Marilyn – Écoute, c’est bon. Notre infolettre, le mois dernier, parlait de ça : de la prise de risque, de prendre les décisions et de prendre les actions avec le plus d’informations qu’on a en ce moment, puis de se demander si le risque en vaut la chandelle dans ce cas-ci. Bon, écoute, ça revient, hein. La suite d’une boucle. Qu’est-ce qui t’a le plus influencée quand tu étais jeune ?

Rose-Marie – Les modèles, probablement. Écoute, moi, je suis née… j’ai eu mon adolescence avec la Révolution tranquille. Fait que, il y avait beaucoup de modèles qu’on ne voulait pas adopter. Et j’étais entourée… je suis née dans un village en Gaspésie où je n’ai vu aucune femme qui était allée à l’université. Les femmes qui travaillaient, c’étaient celles qui enseignaient. La plupart des autres femmes avaient… tu sais, il y avait trop d’enfants pour aller travailler, tu sais, il y avait trop d’ouvrage, comme dit Yvon Deschamps. Puis moi, ça, je savais que je ne voulais pas ça. Je ne disais pas non à la maternité, je ne disais pas non à la famille, évidemment, mais… fait qu’au début, je me suis dit : « Ah, moi, je vais être maîtresse d’école. » Ça a été mon premier modèle, parce que ça, je voyais que ça existait, que c’était possible. Ça, ça a été mon premier modèle.

Et ensuite, plus tard, j’ai rencontré un orienteur qui m’a dit que je devrais m’en aller en recherche scientifique parce que moi, j’étais forte en maths et en sciences pures. Mais je me suis dit : non, moi, ce que j’aime le plus, c’est de rencontrer des gens. Fait que je vais choisir une profession où c’est sûr que je vais être en contact avec du monde. De là est venu mon choix pour la psychologie.

C’est drôle parce que, aussi, ce que les gens ne savent pas, c’est que la psychologie, c’est une discipline scientifique. Tu sais, pour aller en psychologie, on a besoin de faire de la statistique, on a besoin de faire des méthodes scientifiques. Après, tu sais, on a l’air de ne pas s’y fier, mais ça nous influence énormément dans nos choix d’intervention et dans notre façon de penser, où on fait la différence quand même entre ce qui est une hypothèse puis une réalité.

Créer plus de liens humains : une vision pour améliorer le monde

Marilyn – Tout à fait. On poursuit. En fait, on change un petit peu de registre. Si tu pouvais améliorer le monde, quelle serait la seule chose que tu améliorerais ?

Rose-Marie – Je créerais davantage de lieux pour que les gens se rencontrent. Je pense que… c’est démontré, là, que notre plus grande richesse, ce sont les relations interpersonnelles.

Et le monde actuel s’en va de plus en plus vers l’isolement. On parle beaucoup du fait que les gens sont individualistes, mais il faut aider l’individu à être en contact avec les autres. Et pour ça… en Europe, par exemple, tu as des cafés à tous les coins de rue. Et même si tu es en train de lire dans un café, selon moi, ce n’est pas la même expérience que de lire seul chez soi. Et moi, je lis beaucoup dans les cafés. J’ai beaucoup besoin de cette présence-là des autres. Et je créerais plus d’échanges en personne pour les parents, plus d’entraide aussi, qui ne soit pas nécessairement juste au moment où les gens sont vraiment dans le grand besoin, mais au quotidien.

Si je parlais des femmes de mon enfance, là… ces femmes-là s’entraidaient entre elles, tu sais, il y avait aussi ça. Ça, j’aimerais qu’on retrouve ça davantage. Mais moi, je ne suis pas nostalgique du passé. Moi, si on retrouvait des choses, il faudrait les mettre à l’heure du jour. Puis vraiment… moi, je ne suis pas quelqu’un qui dit : « Ah, j’aimerais ça que ce soit comme dans le temps. » Non. On a amélioré notre degré de liberté, puis notre qualité de vie, et je tiens à ce que ça reste comme ça.

Marilyn – Bon ! Écoute, ma dernière question est un peu un parallèle de ce que tu viens de dire, là. Qu’est-ce que tu aimerais qu’on se souvienne de toi ?

Rose-Marie – Que j’aimais le monde. J’aimerais qu’on se souvienne du fait que ce que j’ai fait — même ce qui me motive à creuser pour comprendre des choses —, c’est la grande satisfaction que j’ai à être utile. Moi, ce que j’aime le plus quand je rencontre des gens dans la rue qui m’ont vue à la télé ou qui m’ont vue dans des conférences, ils ne me disent jamais bravo. Ça n’arrive pas. Ils me disent merci, et c’est ça qui me touche. C’est pour ça que je veux continuer à faire ça.

Marilyn – Bien honnêtement, je pense que tu n’as pas trop d’inquiétude à avoir. Je pense que c’est de ça qu’on va se rappeler de toi.

Rose-Marie – Merci !

Marilyn – Tu marques déjà les gens et je suis certaine que ça va continuer comme ça. Merci beaucoup de m’avoir accordé cette entrevue, Rose-Marie.

Rose-Marie – Merci beaucoup, Marilyn, de me mettre en contact avec les gens comme tu le fais au quotidien. Merci.

Marilyn – Ça fait grand plaisir. C’est un bonheur de travailler avec toi et de pouvoir assister à toutes les personnalisations de conférences que tu fais.

Et je vais inviter les gens — j’allais dire « à la maison », là —, mais où que vous soyez, si vous avez de l’intérêt envers Rose-Marie ou nos autres conférenciers, évidemment, sa fiche conférencière vous en dira plus sur notre site, au formax.ca. Bonne journée à tous.

Rose-Marie – Au plaisir.

Partager l’article:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles récents