Guy — Ray, les gens te connaissent beaucoup pour ton rôle de chroniqueur et d’analyste. Mais on connaît un peu moins qui est la personne derrière tout ça.
On voit quelqu’un de bien articulé, sûr de lui, qui maîtrise l’administration du sport, qui a travaillé pour le Canadien et avec plusieurs organisations sportives à travers le monde.
Mais si on va un peu plus personnel, avec notre formule « Ça nous intéresse », tu es natif d’où, toi, Ray?
Ray — Je suis natif du Manitoba.
Quand j’étais jeune, mes parents ont déménagé au Québec, à Trois-Rivières. J’étais encore très jeune à ce moment-là. C’est là que j’ai passé mon enfance, puis mon adolescence, à l’école, et surtout dans une participation sportive très variée.
Il n’y avait pas un sport qui se jouait que je ne pratiquais pas. Une saison suivait l’autre, et c’est un peu de là qu’est venue cette passion profonde pour le sport, à tous les niveaux.
Quand j’étais jeune, j’étais comme beaucoup de jeunes Québécois et Canadiens : je voulais jouer dans le sport professionnel. Mon idole, quand j’étais très jeune avec les Canadiens, c’était Jean Béliveau.
Je trouvais qu’il symbolisait l’idole d’un peuple : un grand joueur, un héros sportif, quelqu’un qui nous faisait vivre des moments de frénésie et de fébrilité.
Puis, évidemment, quand j’ai travaillé avec les Canadiens pendant dix ans, j’ai eu l’occasion de me rapprocher de Jean Béliveau sur le plan personnel.
On est devenus de bons amis. C’était quelqu’un de très spécial. Il a toujours été, pour moi, un modèle à suivre en matière de modestie, de professionnalisme et de sérieux.
Même la façon dont il signait ses autographes était réfléchie : il s’assurait toujours que les gens puissent bien les lire. La façon aussi dont il répondait à chacune des lettres qu’il recevait.
À l’époque, il recevait surtout du courrier papier, pas des courriels.
Il descendait parfois de son bureau, du septième étage au troisième, avec une boîte pleine de lettres. Des lettres de gens qui voulaient le remercier pour ce qu’il avait fait dans leur vie, directement ou indirectement.
Il apportait cette boîte dans mon bureau, puis il s’installait parfois dans notre salle de conférence pour répondre lui-même, à la main, à chacune de ces lettres.
Pour lui, chaque lettre méritait une réponse.
C’était un exemple incroyable de grâce, de finesse et de gentillesse.
Quand tu passes des années avec des personnes comme ça, même plus tard dans ta vie, ça laisse des marques. Ça laisse des traces.